DANSE | Du monde
Vulcano est un collectif d’artistes de Marseille et des Alpes-de-Haute Provence qui se sont rejoints dans l’envie de croiser leurs langages artistiques : vidéo, musique, danses contemporaine, indienne, flamenca.
Une rencontre d’imaginaires et d’expressions pluriels autour de la symbolique du volcan.
Une envie de questionner corporellement in situ les ponts possibles entre puissances de la nature, corps et société...
Nous sommes en mouvement là où les choses se rencontrent, se questionnent et se partagent, avec le souhait d’ancrer le corps dansant au coeur du monde et de ses bouillonnements…
Nous diffusons aujourd’hui Vulcano sous deux formes :
- cinématographique par la projection du film
- chorégraphique et musicale en live faisant suite à la diffusion du film
Vulcano est né en 2019 de l’envie d’aller écouter notre lien à la Terre et de ce qu'elle nous dit de plus en plus fort. Et ce, juste avant toutes les tourmentes qui allaient secouer la France et le monde entier…
Celles des gilets jaunes, de l'urgence climatique, des dérèglements écologiques et du Covid. Nous avons plongé avec élan lors d’une courte brèche entre deux confinements, périodes propices à la création, dans une idée un peu folle qui nous a conduit sur l'Etna en juillet 2020 en plein "Covid time" pour contacter in situ, les liens évidents et émouvants entre nature, corps et société.
Vulcano questionne le lien entre la puissance des phénomènes naturels déréglés et notre monde implosant. Alors que nous décidions de choisir l'Etna comme lieu de résidence, il sortait de ses gonds un mois plus tard et entrait en éruption. Ici et ailleurs d'autres explosions-implosions secouaient le monde…
Plusieurs intentions ont impulsé ce projet :
- Traverser ce paysage de début du monde avec nos corps d'aujourd'hui, laisser s'inscrire un langage chorégraphique contemporain dans la capacité qu'il a de réinventer son ancrage au monde.
- Laisser une trace de nos imaginaires et s'inscrire momentanément dans la lave du temps, de la racine à l’éruption.
- Mettre en lien toutes ces formes de vécus et d'énergies : corporelles, naturelles, territoriales, sociétales, historiques, politiques et intimes…
- Aller voir, sentir, écouter, traverser, danser… écouter et témoigner de notre lien à la Terre.
- S’harmoniser et rendre hommage à la terre du vivant.
- Prendre place avec les corps, et la faculté qu'ils ont à s'ancrer dans des temps et des espaces différents. Les faire se rencontrer, éprouver ensemble ces énergies qui couvent, celles qui implosent, explosent et nous transforment…
D’origine Italienne par sa grand-mère et Sicilienne par son grand-père, Frédérique Favre a quelques racines profondes et inconnues sur cette terre … Fille et petite fille de migrants, sa proposition d'écriture chorégraphique répondait à une envie d'aller traverser nos mémoires corporelles.
Plusieurs danseurs du collectif ont également leurs origines dans ce pays. Filles et fils d’immigrés, de Sicile ou d’ailleurs, nous trouvions du sens d' aller à la rencontre d’un territoire et d’un patrimoine riche d'une autre histoire, qui pourrait être aussi la nôtre… Poser un corps, un regard et une écriture contemporaine sensible sur la notion de migration. Questionner nos ancrages communs, universels. Refaire le voyage, le réinventer et rentrer dans le coeur d’une Terre, en mouvement aussi.
Réalisation du projet
Notre temps de travail s’est partagé le matin dans le studio et au temps de repérage et tournage sur le volcan. Le projet a été réalisé sur place en 5 jours, nous étions nombreux.ses. L’écriture scénographique travaillée en amont nous a permis de réaliser ce projet dans un temps très court. Cette urgence à créer en groupe, sur un petit laps de temps et dans des conditions parfois rudes pour les corps, a donné une certaine intensité et qualité à la danse. Nos temps de travail en studio sur place, ont donné lieu à une sortie de résidence.
Le film
https://www.youtube.com/watch?v=F6XFxRPFOuc
Les plans sont mélangés entre les disciplines (danse indienne, flamenco et contemporaine) et sont montés crescendo marquant ainsi le rythme de l’éveil jusqu’à l’explosion, traversant l’onirique et le sacré, pour terminer sur une ouverture au monde, en douceur et tout en suggestion.
La subtilité du contact intime avec la matière minérale volcanique est soulignée par une captation de sons (pas sur la roche, frottement de peau/ frottement de roche, souffle qui s’éveille…) et des gros plans pour marquer son contact (les pieds, les mains, les yeux…).
Une proposition plurielle et interdisciplinaire
Flamenco
Art ancré dans la tradition avec un lien très fort à l'énergie terrestre, le flamenco est une terre à lui seul, marqueur séculaire de traditions et d'Histoire. Le flamenco véhicule toute l'histoire d'un peuple. Les textes des letras (chants) racontent le patriarcat, la place des femmes, les conditions de vie et l'exclusion des communautés gitanes, comme des instants de vie pris dans la lave et figés à jamais. Bouleversé par l'évolution des moeurs, il voit actuellement exploser les revendications comme des jaillissements d'une lave trop longtemps contenue.
Le mystère de la danse flamenca réside dans l'énergie contenue du bailaor-ora (danseur-euse), qui se libérera avec passion dans une sorte de transe puis reviendra à la grâce et la simplicité des mouvements. Comme le volcan revient au calme après l'éruption de toute son énergie contenue pendant des siècles (ou seulement des mois) de sommeil.
Ainsi, dans son esthétique et sa technicité, les frappes de pieds et les rythmiques fortes renforcent l'image d'une danse où le caractère explosif dispute la symbolique du volcan aux pauses hiératiques et braseos* ondulants comme la lave. Les couleurs typiques des costumes flamencos, rouge et noir, ne sont pas sans rappeler également la chromie des roches volcaniques ou en fusion.
*mouvements de bras
Danse indienne Odissi
On sait que le flamenco puise ses racines en Inde. On retrouve au sein de ces 2 danses des analogies certaines, l'aspect narratif, les expressions du visage, le langage des mains, le rapport au sol, les frappes de pieds en lien à la Terre sacrée, qui est remerciée en Inde avant chaque danse.
Ces deux danses traditionnelles se rejoignent sur cette énergie puissante, éruptive ...
L’Odissi se distingue par sa gestuelle ondoyante qui n'est pas sans rappeler la lave qui s'écoule le long des volcans. La virtuosité des pas, la rapidité rythmique des pieds rappelle ce jaillissement et l’énergie solaire du volcan.
La danse indienne est souvent considérée comme une danse de feu par sa puissance et dans certaines chorégraphies elle évoque même Shiva dieu de la danse, personnage emblématique des légendes indiennes, que l'on voit souvent dansant dans un cercle de flammes...
La danse indienne est porteuse de toute une Histoire aux multiples traditions, en constante évolution, depuis son apparition dans les temples jusqu'à la scène contemporaine d’aujourd’hui, elle trouve dans ce parcours, de l’intime vers le monde, sa juste place dans ce projet.
Fabienne Boutet-Llombart (La Fabia)
Anthony Barreri
Hélène Gordon
Frédérique Favre
Léa Favre
Anaïs Baïnier ou Ornella Luci Fernandez
50 minutes